Tournée présidentielle, Ouattara sort l’épée

Suite au retrait prématuré du parti de Laurent Gbagbo de la Commission électorale, le chef de l’Etat Alassane Ouattara, menace de faire organiser l’élection présidentielle de 2015 par le ministère de l’Intérieur.

Après moult tergiversations, le principal parti d’opposition de Côte d’Ivoire, le Front populaire ivoirien (FPI) a décidé de se retirer de la Commission électorale indépendante (CEI). A l’issue d’un ‘’vote serré’’, organisé le samedi 13 septembre 2014, par le Comité central du FPI, 53 % (138) des partisans de l’ex-président Laurent Gbagbo contre 47 % (119) ont dénoncé l’élection de Youssouf Bakayoko à la présidence de la CEI.

Arrivée du Président Ouattara à Daoukro. Ph: Abidjan.net
Arrivée du président Ouattara à Daoukro. Ph: Abidjan.net

Alors que la première vice-présidente de l’Alliance à laquelle appartient le FPI, l’AFD (Alliance des forces démocratiques), Danièle Boni Claverie, avait déclaré, un peu plus tôt, lors d’une conférence de presse qu’il n’est pas question pour eux de ‘’démissionner’’ ou de ‘’quitter’’ la CEI. « Tant que nous n’aurons pas été entendus, nous suspendons la participation de nos représentants (FPI et AFD, ndlr) aux travaux de la Commission. Il ne s’agit pas pour eux de démissionner ou de quitter la CEI. Pour l’heure, l’alliance reste ouverte à toute reprise des discussions. Nous souhaitons que le gouvernement veuille bien respecter ses engagements et que tous les discours officiels sur la transparence ne demeurent point au stade des intentions ». Malgré cet « engagement »de l’ancienne ministre de la Communication ivoirienne, le parti fondé par Laurent Gbagbo a claqué la porte de la CEI pour de bon ! Une attitude qui fâche le président de la République, Alassane Ouattara.

Les caciques du Fpi, lors d'une Convention au Palais de la culture de Treichville.
Les caciques du FPI, lors d’une Convention au Palais de la culture de Treichville.

Dans la région du Iffou, où il était en tournée, le numéro 1 des Ivoiriens n’a pas porté de gants pourassener ses vérités à l’opposition. Répondant à ses ‘’détracteurs’’, notamment le FPI, qui pensent que le « malheur » est arrivé en Côte d’Ivoire (en 2010) par la faute de Youssouf Bakayoko, le chef de l’Etat dit « heureux » de la réélection de celui-ci à la présidence de la CEI. Puis, il a tapé du poing sur la table. L’ancien directeur général adjoint du Fonds monétaire international (FMI) a surtout demandé à l’opposition d’arrêter d’intoxiquer les populations ivoiriennes à ce sujet. « En cessant de faire croire que M. Youssouf Bakayoko est à la base de la crise postélectorale que notre pays a connue ». Pour lui, Youssouf Bakayoko, ancien ministre des Affaires étrangères, qui a été nommé à la tête de la Commission électorale, en février 2010 par Laurent Gbagbo, est un diplomate chevronné et expérimenté qui a fait du bon travail à la tête de la CEI.

 

En 2010, les partisans de Laurent Gbagbo ont tenté de bloquer les résultats de l'élection présidentielle. Ph: Dr
En 2010, les partisans de Laurent Gbagbo ont tenté de bloquer les résultats de l’élection présidentielle. Ph: Dr

Bien que les lieutenants de l’ex-président ivoirien, à La Haye, lui avaient pointé le fusil sur la trempe, révèle Alassane Ouattara, l’homme a pris son courage à deux mains pour donner les « bons résultats » de la présidentielle de 2010. « On lui a mis un fusil sur la trempe pour l’obliger à donner de faux résultats. Il leur a dit : « Mais si vous me tuez, qui va donner les résultats ? ». C’est comme ça qu’il a échappé à la mort et ensuite il a été exfiltré et a donné les résultats », rapporte un communiqué du service communication de la présidence ivoirienne rendant compte d’une audience accordée aux cadres et autorités traditionnelles du Iffou par Alassane Ouattara le lundi 15 septembre à Daoukro, dans la résidence de son allié au sein du RHDP (Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix), Henri Konan Bédié.

D’ailleurs, tout en plaidant pour un second mandat, le cinquième président de la République de Côte d’Ivoire a menacé de mettre fin à la mission de la CEI en confiant l’organisation des élections au ministère de l’Intérieur, si l’opposition continue de faire montre de sa ‘’mauvaise foi’’. Car, au dire du président Ouattara, « il n’existe pas de Commission électorale dans une démocratie ». Selon lui, « la Commission électorale est créée dans les pays en crise, les pays où il est nécessaire de mettre tout le monde ensemble pour palabrer« . Or, en Côte d’Ivoire, croit savoir Ouattara, il n’y a plus de palabres. « (…) Les élections de 2010 ont été reconnues par la communauté internationale et si ça continue, je laisse de côté la Commission électorale et je demande au ministère de l’Intérieur d’organiser les élections ».

Meité Ben Rassoul, partisan de ''Ib'', en exil au Ghana. Ph: Dr
Meité Ben Rassoul, partisan de  »Ib », en exil au Ghana. Ph: Dr

Cette réaction du président Ouattara, n’a pas laissé de marbre certains de ses concitoyens en exil au Ghana, à Tema. Très remonté, Timité Ben Rassoul, l’un des fidèles du sergent-chef Ibrahim Coulibaly alias ‘’Ib’’ (tué à Abobo pendant la crise postélectorale) ne croyait pas dénoncer la ‘’nouvelle posture’’ du chef de l’Etat, qui sort, désormais, du ton mesuré en brandissant l’épée contre l’opposition. « Les propos tenus hier à 19 h30 le 16 septembre 2014 par le P.R. Ouattara me désolent. Je refuse de croire qu’il était sincère en affirmant que si le FPI, la société civile et l’Eglise catholique se retiraient de la CEI, qu’il demanderait au ministre de l’Intérieur d’organiser les élections. Je note qu’une telle affirmation ne reflète pas sa personnalité encore moins sa volonté de réconcilier les Ivoiriens. J’ai l’impression que de nombreux conseillers de Ouattara ont peur de le conseiller. Ou bien Ouattara ne les écoute pas, ou bien les gens se résignent à le conseiller. Si j’étais l’un de ses conseillers, il y a certainement longtemps qu’il m’aurait chassé », martèle Ben Rassoul, sur sa page Facebook.

Pour lui, ‘’la disparition de la CEI constituera un repli démocratique’’. L’ex-compagnon d’Ib pense que « ni la société civile, ni l’Eglise catholique n’étaient dans la CEI qui a porté Ouattara au pouvoir ». Comme quoi, « l’opposition ne se limite pas au FPI ». « Autant de faits qui me renforcent dans la conviction que prononcer de tels discours choquants est oiseux et inopportun…même s’il reste entendu que Ouattara mérite un deuxième mandat ». Sans commentaire !

FBI

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Fofana Baba Idriss
Journaliste depuis 2010 et Blogueur depuis 2012 sur la plateforme de Radio France International – Mondoblog – où j'anime notamment des chroniques politiques et parle aussi de culture et faits de société. Ayant également fait des études de Marketing et de Management, j'ai occupé dans différents pays les fonctions d’Assistant en communication politique et Responsable des communications.

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