Côte d’Ivoire : 5 ans après les 3000 morts, rien…

11 avril 2011-11 avril 2016, il y a cinq ans, jour pour jour, nous étions sous le feu des balles assassines en Côte d’Ivoire. Une crise post-électorale née de l’intransigeance des hommes politiques ivoiriens au soir de l’élection du 28 novembre 2010. Résultats : 3000 morts de part et d’autre… [une publication actualisée]

Le monument des Martyrs, Abidjan, 2004 © fx-photo.com
Le monument des Martyrs, Abidjan, 2004 © fx-photo.com

Je ne reviendrai pas sur ma souffrance vécue – en tant que citoyen, journaliste, blogueur ‘’activiste’’ sur les médias sociaux – pendant ces moments de guerre fratricide qui ont mis la Côte d’Ivoire en lambeau et à genoux. Du plus simple des violations des droits humains… à la plus grave des violations du Droit internationale humanitaire (DIH). Ceux qui n’ont pas fui savent de quoi je parle. Mais, je me souviens des personnes tombées sous les balles des tueurs.

Officiellement, on nous a annoncé 3000 morts dans les deux camps qui se faisaient face. Des gens étaient chez eux, des balles perdues venaient mettre fin à leur vie. Des femmes étaient au marché, des obus venaient les exterminées etc. Bref, c’était la déchéance, l’horreur était à son comble.

Je me rappelle bien du 1er discours du président Ouattara après l’arrestation du président Gbagbo : « Je réitère ma volonté de mettre en place une commission vérité et réconciliation qui fera la lumière sur tous les massacres, crimes et autres violations des droits de l’homme ».

Cinq ans après, les Ivoiriens essayent de tourner l’une des plus sombres pages de leur histoire. Avec la mise en place de la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation (CDVR) beaucoup a été fait. Mais le plus dur n’a pas été réalisé. La réconciliation est au point mort. Le mot clé est devenu un vain mot. Pendant ce temps, des cadavres sont encore dans des fosses communes… Alors que des coupables jouissent d’éventuelle retraite dorée, des victimes sont laissés pour compte !

En attendant, je demande qu’on se souvienne de nos morts. Même si nous ne pouvons pas les ressusciter. S’il est vrai que « les morts ne sont pas morts », nous avons l’obligation de construire un mémorial pour ces 3000 morts de la crise post-électorale de 2010 en Côte d’Ivoire. C’est un devoir de mémoire !

Kigali genocide memorial centre. © Weblizar thrillingafrica.com
Kigali genocide memorial centre. © Weblizar thrillingafrica.com

A l’image du « Kigali Genocide Memorial », à travers lequel les rwandais ont dit «plus jamais ça au Rwanda», faisons en sorte que les Ivoiriens disent aussi « plus jamais en Côte d’Ivoire ». Ce n’est pas le lieu d’organiser des conférences pour louer les mérites d’un camp sur un autre à fortiori célébrer l’arrestation de celui qu’on qualifiait, autrefois, de « dictateur de la lagune« . Nous devons plutôt être au recueillement, parce que 3000 personnes ont été tuées !

Je sais que la dernière phase du processus de réconciliation entamé était la mise en place d’un ‘’Mémorial’’, pour la constitution d’un symbole de la mémoire collective des Ivoiriens. Ce mémorial devrait nous permettre, ainsi qu’à nos enfants, de savoir ce qui s’est réellement passé à un moment donné dans ce pays phare de l’Afrique francophone. Nous devons toujours avoir en mémoire que c’est suite à une élection présidentielle que nous nous sommes entre-tués. Et prendre conscience des actes que nous allons poser dans le présent comme dans le futur.

De grâce, comme l’avait souligné l’ex-CDVR, « sortons du sentiment d’appartenance ethnique et communautaire pour déterminer un nouveau mode de coexistence pacifique fondé sur le développement de la démocratie et de l’esprit citoyen en Côte d’Ivoire ».

FBI

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Fofana Baba Idriss
Journaliste-Blogueur, communicateur, marketeur, web activiste, volontaire de la bonne cause !

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