L’Affaire Air Afrique sous le régime Ouattara !

Alors que tous les signaux sont au vert pour le retour de la BAD (Banque africaine de développement) à son siège statutaire d’Abidjan, un mouvement se prépare. Des ex-agents de la multinationale Air Afrique tentent de s’opposer.

Chassez le naturel, il revient au galop. Et revoilà l’affaire ‘’Air Afrique’’ qui plane à nouveau sur la Côte d’Ivoire. Cette fois-ci, les ex-agents de la multinationale sont déterminés à aller dans une fronde contre les autorités ivoiriennes. Au nombre de 1700, ils comptent faire du tapage pour remettre en cause le retour de la Banque africaine de développement à Abidjan. Bien entendu, « si rien n’est fait pour nous calmer », clament-ils.

Au cours d’une assemblée générale que la Confédération régionale des travailleurs d’Air Afrique (CRACVT-PCA qui regroupe 1700 ex-agents) a tenu récemment (à la cité ‘’Air Afrique’’ de Biétry), ils ont crié leur indignation face au « mépris » du gouvernement ivoirien sur leur dossier. De quoi s’agit-il exactement ? En effet, l’affaire ‘’Air Afrique’’ date de 2002 et fait suite à la liquidation de la multinationale, une propriété commune de 11 Etats africains, dont la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, la Centrafrique, le Congo, le Gabon, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal et le Tchad.

En créant cette compagnie aérienne, à l’époque, les chefs d’Etats avaient à cœur de conquérir, dans un creuset de solidarité et de fraternité, leur véritable indépendance, en dépassant les barrières héritées de la colonisation. Ils signaient alors un traité relatif au transport aérien le 28 mars 1961, à Yaoundé au Cameroun. C’est cet accord qui a abouti à la création de la compagnie Air Afrique. Avec pour autres actionnaires, Air France, le groupe Accord, DHL, la BOAD). La Côte d’Ivoire avait 40% des actifs de la compagnie sur son sol.

Pourquoi ?

De ce fait, le pays prend la tête de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement, sous le président Houphouët-Boigny. Cette compagnie devait donc être le véritable levier de développement économique. Tout en servant de catalyseur à la l’implantation de l’union africaine afin de renforcer les liens d’amitié avec les peuples. Plus tard deux pays de l’Afrique centrale, le Cameroun et le Gabon se verront quitter l’union. Mais deux autres pays de l’Afrique de l’ouest notamment le Mali et le Togo décident d’occuper leur place.

Tout allait bien jusque dans les années 70 avant que ‘’Air Afrique’’ ne commence à connaître des problèmes de gestion. Après plusieurs changements à la tête de multinationale, les difficultés vont toujours persistées. Tellement endetté, les responsables vont alors aboutir à la décision de restructuration de la compagnie.

C’est dans ce cadre que les syndicats signeront une convention sociale avec la Banque mondiale, qui selon des informations, s’était engagée auprès des Etats pour la prise en charge du coût social. « Cette restructuration n’a pas abouti. Il a été décidé de la création d’une nouvelle multinationale Air Afrique, puis la liquidation de l’ancienne compagnie. Néanmoins, conscients des dérapages constatés, le communiqué final de la Conférence des chefs d’Etats et de gouvernement du 11 janvier 2002, a posé comme préalable : la continuation de l’exploitation sans interruption du service public, l’audit de la gestion d’Air Afrique sur 15 à 20 ans ainsi, que l’audit de la dette sociale et son règlement prioritaire par la réalisation des actifs et la recherche de financement pour le reliquat. Nous avons accepté cette démarche proche des dispositions du traité de Yaoundé. Les droits des travailleurs, de toutes évidences, ont toujours été au cœur des préoccupations des chefs d’Etats », révèle Denis Attiba Mensah, président de la CRACVT-PCA.

L'immeuble en ligne de mire a été réhabilité pour faciliter l'installation du personnel de la BAD en 2014, en attendant la finition des travaux du siège de ladite banque. Ph: DR
L’immeuble en ligne de mire a été réhabilité pour faciliter l’installation du personnel de la BAD en 2014, en attendant la finition des travaux du siège de ladite banque. Ph: DR

Malheureusement, comme nous l’apprenons, le Comité de pilotage de la nouvelle compagnie Air Afrique ne serait pas allé dans ce sens. Il ne va donc pas respecter la décision souveraine. « Celle-ci a été royalement ignorée et même biaisée. Car, le président du Comité a imposé au directeur général d’Air Afrique, issu de la BCEAO, de déposer le bilan sans l’audit demandé. Ce dernier fera sauter tous les garde-fous », révèle le syndicat des ex-agents.

A l’en croire, la cessation des paiements a été déclarée, suivie du dépôt de bilan, malgré la possibilité d’un redressement judicaire. Puis, le Tribunal de Commerce d’Abidjan a donc décidé de mettre la multinationale en liquidation des biens.

Une décision que la CRACVT juge fondée en Droit. Cependant, estime le collectif, « le Tribunal ne pouvait, en aucun cas, soumettre la société à la procédure de liquidation des biens selon les dispositions du traité de l’OHADA. Puisque Air Afrique dis de son propre traité « supranational », le Traité de Yaoundé qui a fixé de façon irrévocable et irréfragable son mode de gestion et sa procédure de liquidation ». Un liquidateur unique fut désigné pour la liquidation de la Compagnie ‘’Air Afrique’’ par le Tribunal d’Abidjan, sur recommandations écrites du comité de pilotage pour la création de la nouvelle compagnie aérienne.

Confusion à Abidjan !

Ainsi, « les travailleurs n’ont pas été autorisés au calcul contradictoire de leur droits, parce que ce même comité a décidé de ne payer ni les arriérés de salaires, ni les régulations et prélèvements opérés. Il a exigé le licenciement de tout le personnel et arrêté l’activité aérienne, recherchant une étanchéité devant empêcher les travailleurs de confondre l’ancienne et la nouvelle Air Afrique », nous indique-t-on. Et pourtant, pour ce qui est de la liquidation des biens, le Traité de Yaoundé a prévu trois liquidateurs désignés par les Etats avec un cahier des charges bien précis.

Mieux, l’article 5 dudit traité déniait de manière expresse aux Etats de lui substituer des dispositions présentes ou futures comme ci-après : « Le présent Traité et ses annexes, y compris les statuts de la société commune, définissent les conditions juridiques d’existence et de fonctionnement reconnues à la société par les Etats contractants par dérogation, s’il y a lieu, aux dispositions actuelles ou futures de leur législation nationale. Les statuts de la société commune ne peuvent être modifiés qu’avec l’accord unanime des Etats contractants, s’il s’agit des dispositions suivantes : objet de la société ; règles présidant à la répartition du capital social ; conditions d’admission des nouveaux actionnaires ; règle de majorité ; Droit de vote des actionnaires et des administrateurs ; règles de liquidation ».

Dans de telles conditions, il ne fait l’ombre du moindre doute que, le traité de l’OHADA est fondé à prononcer le jugement de liquidation de la société, mais ne peut pas se substituer au Traité de Yaoundé pour connaître de la liquidation d’Air Afrique. C’est alors que le Sénégal va initier une liquidation parallèle dite principale et indépendante de celle d’Abidjan.

Pourtant, le Traité de l’OHADA ne permet qu’une seule liquidation principale dont peuvent dépendre des liquidateurs secondaires d’Air Afrique. Ainsi donc, dans les faits, le Traité de l’OHADA est foulé aux pieds par les actionnaires d’Air Afrique, dès octobre 2002. « Malheureusement, cette liquidation inique est en cours depuis dix (10) ans et doit aboutir, parce que des personnes n’ont pas intérêt à une autopsie d’Air Afrique », dit le responsable syndicale.

Les quelques ex-agents de la multinationale, ne savent plus à quel sain se vouer, un syndic est sur le point de les vider de la "cité Air Afrique" de Biétry (Marcory). Ph: FBI
Les quelques ex-agents de la multinationale, ne savent plus à quel sain se vouer, un syndic est sur le point de les vider de la « cité Air Afrique » de Biétry (Marcory). Ph: FBI

Cette nouvelle donne sera suivie par tous les autres Etats et sonnera le glas pour les ex-agents de la compagnie qui connaîtront dans chaque pays des fortunes diverses. Les syndicats des travailleurs se sont vigoureusement dressés contre ce déni de droit. En vain. Ce sera alors le chaos pour eux. Certains se retrouvent ainsi sans aucune ressources, ni assistance sanitaires, pendant que d’autres perçoivent des syndics ou de leurs Etats, le solde calculé par la liquidation.

« Ce n’est pas dans ces conditions que la BAD doit revenir en Côte d’Ivoire. Puisque la multinationale Air Afrique était traitée dans les mêmes conditions que la BAD l’ait en ce moment. Nous estimons que si les chefs d’Etat ont décidé de nous jeter aux oubliettes aujourd’hui, cela voudrait dire que ce sera le cas pour les agents de la BAD demain », soutien Denis Attiba. Avant de déplorer une politique d’exclusion dans le traitement des travailleurs d’Air Afrique par la Côte d’Ivoire.

Alors que, ajoute-t-il, le ministère de l’économie er des Finances avait proscrit à l’endroit des ex-agents, tous les traitements discriminatoire critiqués et décriés sous le régime déchu du président Laurent Gbagbo. « Ce fait est corroboré par le paiement effectué, des avances sur les arriérés de salaires au bénéfice exclusif d’ex-agents de nationalité ivoirienne », confie Denis Attiba. Pour mettre fin à leur souffrance, le premier responsable de la CRACVT-PCA demande l’implication du chef de l’Etat Alassane Ouattara pour la résolution de leur dossier.

Entre la faim et le désespoir !

Le problème est sérieux. Les ex-agents de la multinationale Air Afrique ont faim. Ils sont au bord du gouffre. Pour la plupart d’entre eux qui sont encore en vie, ils ne savent plus à quel sain se vouer. Pendant que certains sont évincés de leur maison, d’autres voient leur dignité bafouée. Sans compter le terrain litigieux de ‘’Biafra’’ au Plateau, qui les opposerait au ministère de la Construction. « Le bilan est amer. Notre dignité humaine est bafouée. Nos biens acquis après des décennies de dur labeur sont partis en fumée. Nos enfants sont déscolarisés, abandonnés à la rue. Parmi nous, des malades dont des dizaines de grabataires. Le comble, c’est que nous comptons plus de deux 200 travailleurs décédé, sans compter les enfants, les conjoints et autres personnes à charge », a décrié Mme Koné Awa Cissé.

Selon Denis Attiba, président de la Confédération régionale des travailleurs d’Air Afrique (CRACVT-PCA), « c’est un désordre que seul le Traité de Yaoundé est à même de régler ». Dans l’urgence, il sollicite la Banque Mondiale en vue de son intervention efficiente auprès des Etats et des actionnaires en faveur des droits des ex-travailleurs. Ce, « pour le paiement d’une avance d’au moins 5 millions FCFA à ceux qui n’ont encore rien perçu à ce jour et qui sont dans une situation de déchéance avancée, état corroboré par des pathologies susceptibles d’entraîner la mort. Cette somme, préconise Denis Attiba, sera défalquée du solde de tout compte des bénéficiaires ».

FBI

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Fofana Baba Idriss
Journaliste depuis 2010 et Blogueur depuis 2012 sur la plateforme de Radio France International – Mondoblog – où j'anime notamment des chroniques politiques et parle aussi de culture et faits de société. Ayant également fait des études de Marketing et de Management, j'ai occupé dans différents pays les fonctions d’Assistant en communication politique et Responsable des communications.

3 commentaires sur “L’Affaire Air Afrique sous le régime Ouattara !

  1. Au nom du collectif des ex- employés d’Air Afrique Gabonais merci pour ces détails, nous osons espérer qu’ensemble nous vaincrons bien que jusqu’à ce jour nous n’avons toujours pas perçu un seul centime de nos soldes de tout compte. Partant sur la base que le Gabon bien que répresentation d’Air Afrique à l’époque réalisait un gros C A après le Sénégal. Vraiment pensez à nous.Merci

  2. Merci et grand merci à vous, au nom de tous les airafricains!

    Vous arrivé au bon moment sur la scène d’informations sensibles pour constituer pôle d’analyse et donner plus de motivation à ceux qui ont maille à partir avec les particularités des régimes africains.

    Pour Air Afrique vous tombez à pic pour nous aider à diffuser nos vérités, notamment pourquoi nos états ne pourront pas dans les conditions actuelles développer des compagnies aériennes fiables…

    Nous communiquerons votre site à tous nos membres, en vue d’une vulgarisation continentale. Et, dorénavant nous vous ferons parvenir toutes nos publications relatives à ce dossier, de même que notre site en création.

    Merci.

    1. Je suis heureux de votre passage sur ce blog Monsieur Denis ATTIBA MENSAH. Mais je me rends compte que vous ne me reconnaissez plus, parce qu’en entre 2013 je suis allé à votre rencontre à la cité BAD à Vridi (Abidjan sud) pour pouvoir réaliser un dossier sur l’affaire Air Afrique. Finalement, je ne sais plus à quel niveau l’affaire se trouve. Pouvez-vous m’en dire plus?.

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