Le jour où j’ai pris les armes de l’armée française…

Après 12 ans, l’Opération Licorne va prendre fin le 31 décembre 2014. Mais les soldats français ne quittent pas le sol ivoirien. On annonce la montée en puissance de la force qui travaillera dans le cadre d’une Force d’intervention d’urgence sous-régionale, à partir de 2015. C’est dans le souci de conserver leur aptitude à un engagement immédiat, que les militaires et journalistes ont été emmenés sur un champ de tir pour une manœuvre militaire. Mon reportage !

Arrivée des journalistes et diplomates, qui pour la plupart ont été transportés par char sur le champ de tir. Ph: FBI
Arrivée des journalistes et diplomates, qui pour la plupart ont été transportés par char sur le champ de tir. Ph: FBI

Lomo Nord. Situé à 4 heures de route d’Abidjan, dans le département de Toumodi, ce village abrite le camp Lieutenant-colonel Saboret (Lcl) de l’Armée française en Côte d’Ivoire. Cette emprise de la force Licorne est un complexe permettant d’effectuer des tirs à toutes les armes (missiles et mortiers 81 et 120) ainsi qu’aux armes de bord jusqu’au canon de 105 mm et à partir d’hélicoptères. C’est sur ce terrain, une savane herbeuse, qu’a lieu ce vendredi 26 septembre 2014, une démonstration de tirs réels des militaires français.

Le colonel Paul Sanzey, Commandant la Force Licorne, donne les consignes aux invités du jour. Ph: FBI
Le colonel Paul Sanzey, Commandant la Force Licorne, donne les consignes aux invités du jour. Ph: FBI

C’est en présence d’une dizaine de journalistes de la presse écrite, de la Radio et de la télévision ivoirienne (Rti), convoyés dans la matinée, que la manœuvre débute pour environ 50 minutes. Dans son mot de bienvenue, le colonel Paul Sanzey, Commandant la Force Licorne, indique que la démonstration de ce jour vise à donner un aperçu d’un mode opératoire possible, la reconnaissance offensive en terrain ouvert, modulable en fonction de la menace identifiée, du terrain et, plus généralement du cadre d’engagement. Il insiste également sur la combinaison des effets des feux et de la manœuvre, qui sont la plus-value d’une armée moderne et la clef de sa capacité de dissuasion conventionnelle.

Effroyable scène…

Avec des casques et jumelles, diplomates et journalistes assistent à la manœuvre militaire. Ph: FBI
Avec des casques et jumelles, diplomates et journalistes assistent à la manœuvre militaire. Ph: FBI

« La séance à laquelle vous allez assister aujourd’hui, est une manœuvre à tirs réels mettant en œuvre l’ensemble de la gamme de moyens dont dispose la Licorne à l’heure actuelle. Organisés pour l’exercice sur la base d’un sous-groupement tactique interarmes à dominante infanterie, ces moyens permettent de remplir une palette large de mission allant de l’assistance aux forces armées ivoiriennes à l’engagement sur des théâtres de combat », explique le Commandant de la force Licorne (Comandfor).

Les tireurs d'élites (Te) ont joué leur partition. Ph: FBI
Les tireurs d’élites (Te) ont joué leur partition. Ph: FBI

Comme scenario, sur le champ de tir, les unités reçoivent une mission de reconnaissance offensive sur un axe situé dans la vallée de Lomo Nord. Le volume de force engagé est celui d’un sous-groupement tactique interarmes, à dominante infanterie avec des appuis. C’est-à-dire : d’une section d’infanterie sur un Véhicule de l’avant blindé (Vab), d’un peloton blindé sur ‘’Erc’’ 90 et Véhicule blindé léger (Vbl). Celui-ci est composé d’une section appui avec un groupe missile Antichar (Milan), d’un groupe mortier de 81 mm et d’une équipe de tireurs d’élite (Te). L’ennemi à rencontrer sera d’environ 80 éléments, avec plusieurs blindés.

En compagnie du Commandant de la Licorne, le ministre ivoirien Paul Koffi, sous le charme de la démonstration. Ph: FBI
En compagnie du Commandant de la Licorne, le ministre ivoirien Paul Koffi, sous le charme de la démonstration. Ph: FBI

Le sous-groupement qui manœuvre, est composé d’unités appartenant au 27ème Bataillon de Chasseurs Alpin d’Annecy (brigade d’infanterie de Montagne) et du Régiment d’infanterie de Chars de Marine de Poitiers (9ème Brigade d’Infanterie de Marine). Il était placé pour la durée de l’exercice, sous les ordres du Capitaine Aurélien de la Soujeole du 27ème Bataillon BCA.

L'ambassadeur du Canada, Chantal de Varennes, prête à prendre une arme. Ph: FBI
L’ambassadeur du Canada, Chantal de Varennes, prête à prendre une arme. Ph: FBI

La manœuvre a consisté, pour lui, à dérouler l’avancée de ses unités sans se laisser retarder. Toute résistance rencontrée devait être traitée immédiatement, et l’action de l’unité relancée au plus vite. Il s’agit, au fond, de bousculer l’ennemi en jouant de la complémentarité des unités et des différentes armes disponibles. C’est ce spectacle aux bruits assourdissants, commenté au fur et à mesure par le Comandfor de la Licorne, qui a été offert aux autorités ayant effectué le déplacement. Au nombre desquels, le ministre ivoirien en charge de la Défense, Paul Koffi Koffi, des ambassadeurs dont Georges Serre de la France en Côte d’Ivoire, Chantal de Varennes du Canada, Davide Tonge de la Grande-Bretagne, et des diplomates de l’Allemagne, de la Belgique, de l’Espagne, des Etats-Unis d’Amérique et de l’Union européenne.

Ce qui m’a marqué !

L'ambassadeur de la France, Georges Serre, face à une arme lourde. Ph: FBI
L’ambassadeur de la France, Georges Serre, face à une arme lourde. Ph: FBI

C’est à la fin de la manœuvre militaire, au moment d’effectuer une visite guidée sur la zone de tir pour avoir une idée précise du matériel de guerre et les hommes qui les manœuvrent, que j’ai pris les armes de l’armée française. Je n’étais pas la seule personne à le faire. D’éminentes autorités que j’ai citées se sont également saisies d’une arme pour, juste, apprécier l’engin mortel fabriqué par les occidentaux. Ainsi, la Licorne venait de nous présenter sa nouvelle force de frappe ! Mais quel intérêt pour nous, la Côte d’Ivoire, de participer à une opération de charme ?

Le ministre ivoirien chargé de la Défense, répondant aux questions des journalistes, à la fin de la manœuvre. Ph: FBI
Le ministre ivoirien chargé de la Défense, répondant aux questions des journalistes, à la fin de la manœuvre. Ph: FBI

A la question des journalistes de savoir si cet exercice de la Force Licorne s’inscrirait dans le sens d’un lobbying pour rééquiper l’armée ivoirienne, qui souhaite la levée de l’embargo sur les armes, le ministre ivoirien en chargé de la Défense a été on ne peu plus clair : « Bien sûr. Nous avons besoin de rééquiper l’Armée ivoirienne, notamment la gendarmerie et la police. Ce sont les forces de première et deuxième catégorie, mais aussi l’armée régulière. La levée de l’embargo est partielle. Mais il y a un armement auquel nous pouvons disposer. Naturellement, il est bien de voir la qualité de ces armes qui ont été mises en œuvre par les soldats de la Licorne ». Vous avez tout compris. La Côte d’Ivoire se repositionne dans les armes…

FBI

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Fofana Baba Idriss
Journaliste-Blogueur, volontaire de la bonne cause !

9 commentaires sur “Le jour où j’ai pris les armes de l’armée française…

  1. merci bien pour ton commentaire très impressionnant !
    depuis 40 ans que cette armée occupe les terres de mon village, je vous assure que ces français n’ont rien fait . seulement un batiment de 2 salles de classe, et aussi le gouvernement qui ne pense mème pas à ce pauvre villa ! pas d’eau courante, de plus en plus de descolarisés…. c’est vraiment decevant !

    1. Que non. mon très cher. Ceux qui pensaient ainsi se sont rendus à l’évidence qu’ils ont tirés à terre. Entre cette Armée là et la leur, c’est le jour et la nuit. D’ailleurs, qu’ont-ils fait des 800 milliards Fcfa injectés dans les armes? Sans doute que Laurent Gbagbo ou Blé Goudé ont la réponse, depuis la CPI…

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