Gestion de l’Etat : Ouattara ne fera pas mieux que Gbagbo !

Je n’imagine pas les ‘’dégâts émotionnels’’ que pourrait susciter le titre de cet billet dans la tête des fanatiques du pouvoir Ouattara et des titrologues. Loin de vous faire plaisir, je pense qu’il faut avoir le courage d’appeler les choses par leur nom. [Ce que vous allez lire n’est pas un pamphlet !]

C’est vrai, un travail remarquable a été fait et continue d’être réalisé en matière d’infrastructure en Côte d’Ivoire. Il faut le reconnaître. Mais c’est peut-être la face visible de l’iceberg. Car, depuis l’accession du président Alassane Ouattara à la tête de la magistrature suprême, il y a du bitume par ici et par là, des échangeurs ça et là, un nouveau pont à péage, des autoroutes à péage, des bâtiments rénovés… mais dire que le système de gestion de l’Etat à changer, c’est se foutre un doigt dans l’œil. Bien au contraire, la vie devient de plus en plus difficile avec les taxes douanières créées à l’emporte-pièce au port et à l’aéroport, l’augmentation du kilowattheure, l’arnaque du Ministre des Transports sur le permis de conduire, le chômage à grande échelle, le népotisme, le cumul des postes, la promotion de la médiocrité et la corruption qui monte en puissance à tous les niveaux de la société ivoirienne. Hélas, les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets…

Comme le dit si bien, le commun des mortels, l’administration est une continuité parce que si les hommes passent, l’institution, elle, elle demeure. Ce qui est une vérité. Partant de là, faut-il croire que ce facteur de changement peut avoir un impact sur un système solidement implanté dans une administration fut-elle ivoirienne? Avant le deuxième quinquennat du président Ouattara je répondrai par le « oui ». Non pas parce que je suis un militant de son parti, le RDR, juste parce qu’on s’attendait à l’homme de l’époque Houphouët-Boigny. Celui-là même qui s’était montré rigoureux, intransigeant sur certains détails face à des hommes qu’il fallait mettre au pas pour aider le pays à se tirer de la récession économique des années 90. C’était l’homme de la situation à qui le père fondateur de la Côte d’Ivoire avait fait appel pour l’aider à mettre fin à la gabegie, aux gaspillages des ressources de l’Etat et aux malversations. Bref, il a été donc le 1er Premier ministre du président Félix Houphouët-Boigny qui a fait ses preuves.

Ouattara, devenu l’incontrôlable président !

A vrai dire, je n’ai pas connu Alassane Ouattara à cette époque du fait de mon jeune âge, parce qu’encore à l’école primaire. C’est plus tard que nos parents fonctionnaires nous ont retracé ce à quoi les populations en générale ont fait face lorsqu’il est fraîchement venu de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) où il occupait le poste de Gouverneur, auparavant au Fonds Monétaire international (FMI). Là où ‘’Wat l’Africain’’ occupait le prestigieux poste de Directeur général adjoint (DGA) au Etats-Unis. J’ai encore en mémoire les propos du genre « avec Ouattara, chacun est à son poste à l’heure du lundi au vendredi » ; « avec Ouattara, les véhicules de service immatriculés plaques jaunes n’étaient pas attribués à n’importe qui » ; « avec Ouattara, on ne se ballade pas avec les voitures de service de l’Etat » ; « avec Ouattara, on a connu le raccrochage des enseignants » etc… Tout cela montrait à quel point ‘’l’homme de caractère’’, en son temps, avait fini par mettre les Ivoiriens au travail et mis de l’ordre dans l’administration ivoirienne sans vouloir se faire aimer. Je m’interroge comment a-t-il réussi sa mission ? Est-ce parce qu’il était contrôlable, parce que n’étant pas « président de la République » mais un « Premier ministre » sous la responsabilité de Nanan Boigny ?

Lorsque ADO était sous le contrôle du président Houpouët-Boigny. PH: DR
Lorsque ADO était sous le contrôle du président Houpouët-Boigny. PH: DR

18 ans après, de 1993 à 2011, Alassane Ouattara a quitté son fauteuil de Premier ministre pour devenir président de la République de Côte d’Ivoire. Mais bien avant qu’il ne gagne en grade, de l’eau a coulé sous les ponts. Au finish, « le sauveur » ou  « l’enfant prodigue » est arrivé aux affaires, aux commandes d’un pays où tout semblait sens dessus dessous à tous les niveaux. De la rue à l’administration, désordre, anarchie, vandalisme, lourdeur, corruption, détournements étaient les maîtres mots d’un pays jadis présenté comme le modèle parfait à suivre dans la région ouest africaine.

Le vrai visage de Wat l’Africain

Comme je l’ai dit un peu plus haut, je n’avais pas connu l’homme dans les années 90 du fait de mon jeune âge. Il était donc grand temps pour moi de découvrir celui que les fonctionnaires de l’époque haïssaient à cause des mesures drastiques et/ou impopulaires qu’il arrivait à imposer. Oui, je voulais voir Alassane Ouattara à la tâche comme il l’a été auprès du président Houphouët-Boigny parce qu’après la mort de ce dernier, le pays a épousé de nouvelles pratiques : médiocrité, paresse, méchanceté, violence. Bref, les Ivoiriens, dans leur ensemble n’étaient plus eux-mêmes. La morale avait donc foutu le camp. On n’attendait plus que «le messie» pour renverser la donne, inculquer de bonne pratique de gestion, imposer la rigueur, faire la chasse au racket, au népotisme, à la corruption, l’abus de pouvoir, le favoritisme… tous ces maux qu’il avait lui-même critiqué – étant dans l’opposition – et auquel il avait promis mettre fin.

5 ans après son accession au pouvoir d’Etat, sur la plupart des points cités, pour beaucoup de personnes vivant en Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara n’a pas été à la hauteur des attentes des Ivoiriens et même des militants de bases du Rassemblement des Républicains (RDR), rien qu’à se rendre compte des plaintes et complaintes des Républicains. Et lorsqu’on scrute l’horizon, on voit bien que l’homme ne sera pas capable de nous surprendre pour les 5 ans de mandature à venir, parce qu’il a mordu à l’hameçon de l’ancien régime. Beaucoup d’ivoiriens ont été surpris de constater que sous Ouattara, le cumul de poste est la chose la mieux partagée par un clan. On peut être Président de la République et cumulé le poste de président du parti au pouvoir (Ouattara himself)… On peut être Ministre de la République et occuper la Mairie d’une commune…On peut aussi être Ministre de la République et se faire élire député à l’assemblée nationale sans pour autant siéger au Parlement. Des ministres où DG de structures étatiques s’adonnent à des détournements de l’argent du contribuable, lorsqu’on les limoge c’est pour leur trouver des postes juteux ailleurs. Où alors, lorsqu’il y a des dérapages ou manquement grave on procède à des règlements de compte plutôt que de sanctionner les vrais coupables. Comme exemple, on peut citer la Radiodiffusion télévision ivoirienne (RTI).

Pour l’émergence, on ne change pas de mentalité…

Je me demande à quoi répond cette gestion du pouvoir ? Est-ce une nouvelle mentalité qu’on essaie d’inculquer aux Ivoiriens ? Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’en 10 ans de gestion Ouattara ne sera pas pire que Gbagbo, mais ‘’ADO’’ ne fera pas mieux que ‘’LG’’. Pour l’émergence, il est plutôt question d’infrastructure en Côte d’Ivoire et non de vertu, de moral ou de changement de mentalité. Oui, parce que c’est une question de croissance à deux chiffres !

Allez-y demander aux jeunes ivoiriens et ivoiriennes qui ont passés des concours sous l’ancien et le nouveau régime. Ils ou elles vous diront qu’on continue de payer les concours de la Fonction publique en Côte d’Ivoire. Bien plus, on vous dira que les prix ont doublé sous le régime Ouattara. Le racket, on n’en parle pas. Récemment, un ami m’a révélé que pour le dépôt physique des dossiers de candidatures pour le Concours de CAFOP (Centres d’Animation et de Formation Pédagogiques) aux fins de recruter des enseignants, on leur demande de payer 2000 Fcfa (sans reçu) à la DREN (Direction régional de l’Education Nationale). Ce, après avoir payé 28.000 Fcfa pour le retrait de la pochette, 10.000 Fcfa au Trésor public pour le droit d’examen et 4000 Fcfa à la Poste pour l’acheminement des diplômes pour les authentifier à la Direction des Examens et Concours (DECO). Ces informations ont été corroborées par plusieurs autres de mes contacts.

L’escroquerie à la tête de l’Etat ?

Voyez-vous, comment comprendre que pour un simple dépôt de dossier physique on demande aux candidats de payer 2000 Fcfa. Je vous fais un petit calcule arithmétique pour voir ‘’l’ampleur des dégâts’’. Selon les informations en ma possession, l’année dernière il y avait environ 60.000 candidats pour le concours d’entrée au CAFOP 2014-2015. Cette année, j’apprends qu’il y a environ 75.000 candidatures pour l’entrée au CAFOP 2015-2016. Si nous multiplions les 2000 Fcfa par les 75.000 candidatures cette année, cela fait mathématiquement 150 millions de Fcfa soit 230.000 euros. Dites-moi, où va cet argent sachant bien que lorsqu’on paie les 2000 Fcfa on ne reçoit pas de reçu ? Dans les poches de la croissance à deux chiffres? Pour ma part, je ne pense pas que cela va dans les caisses de l’Etat. Ce sont plutôt des mafieux, qui ont leurs complices dans l’administration ivoirienne, qui se sucrent sur le dos de pauvres jeunes en quête d’emploi.

D’ailleurs, qui a pensé un seul instant qu’avec l’arrivée de Ouattara au trône, ces pratiques allaient demeurer jusqu’à ce jour ? Et pourtant, notre administration est pourrie et continue de nous pourrir la vie en Côte d’Ivoire. Pour établir de simples documents administratifs : casier judicaire, certificat de nationalité, extraire de naissance, certificat de résidence, attestation d’identité etc, de la police au tribunal de première instance en passant par les mairies et les sous-préfectures, on vous fait payer le double ou le triple de ce que vous devrez payer normalement. Si vous n’obtempérer pas, vos documents seront enfouis dans les tiroirs jusqu’au aux calendes grecques. Aujourd’hui en Côte d’Ivoire, ce qui est légale n’est pas légal ; c’est ce qui est illégale qui est légale ! N’est-ce pas l’échec d’un pouvoir en perte de vitesse (je pèse mes mots) et qui, malheureusement, doit faire face à la fronde sociale qui se profile ? A bon entendeur…

FBIyay

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Fofana Baba Idriss
Journaliste-Blogueur, communicateur, marketeur, web activiste, volontaire de la bonne cause !

5 thoughts on “Gestion de l’Etat : Ouattara ne fera pas mieux que Gbagbo !

  1. Ado lui mm savait qu il ne pouvait rien face a tout ce conglomera d Adorateurs a qui il doit tout.Ce qui m enerve c est de m avoir fait croire qu il avait des SOLUTIONS.

  2. Il faut souligner que pendant les 10 ans de Mr Gbagbo le pays était coupé en 2 c’est tres important d’insister dessus. Et le gouvernement etait mixé d’individu qui ont revendiqué leurs soi disant amour pour la côte D’ivoire en tuant les Ivoiriens . Mais malgré ça je trouve personnellement que le pays etait mieux que maintenant.

  3. Yaako! Avec Blaise Compaoré comme conseiller spécial attendez-vous à ce qui est arrivé au Burkina Faso arrive aussi en Côte D’Ivoire.

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