FEMUA et MASA : Et si on fusionnait pour conjurer la honte

Loin de faire le bilan du Festival des musiques urbaines d’Anoumabo à Abidjan (FEMUA) et le procès du Marché des arts du spectacle Abidjan (MASA), il important qu’on s’y attarde un peu sur ces deux rendez-vous culturels, qui se tiennent depuis quelques années en Côte d’Ivoire et qui sont sensés nous apporter un plus à plusieurs niveaux.

L’un, le FEMUA, a le vent en poupe. Il est à sa 11è édition depuis son lancement en 2008. L’autre, le MASA, a du plomb dans l’aile. Il est à sa 10è édition même s’il a officiellement été créé en 1990 lors de la deuxième Conférence des Ministres de la Culture et de la Francophonie qui s’est tenue à Liège en Belgique. C’est d’ailleurs cette dimension internationale qui vaut la richesse du MASA où plusieurs disciplines des arts de la rue, du conte, de la danse, de l’humour, de la mode, de la musique et du théâtre et prestation artistiques se côtoient.

Sauf que ! Passer de l’appellation Marché des Arts du Spectacle Africain à Marché des Arts du Spectacle Abidjan en 2018, le MASA a brutalement changé. Alors que tous les spectacles étaient gratuits autrefois, pour l’édition 2018 [du 10 au 17 mars] le public devait débourser 5000 FCFA [environ 13$] pour avoir droit à des salles. Quand on connait la précarité dans laquelle vivent la majorité des populations ivoiriennes et africaines en général, n’allons pas chercher midi à 14 heures, l’échec était programmé.

#MASA2018

Publiée par MASA d'Abidjan sur dimanche 11 mars 2018

Il est vrai que le MASA jouit d’une renommée institutionnelle, l’événement était parvenu à s’imposer en Afrique et dans le monde. Les sponsors qui injectent des millions chaque année, en plus des investissements colossaux du gouvernement ivoirien, ont certainement reconnu que la dernière édition n’a pas tenu toutes les promesses à Abidjan. Je ne suis pas le seul à avoir fait ce triste constat. Le Directeur général du MASA, Prof Yacouba Konaté, a sans doute voilé sa déception. À certains médias locaux, il a reconnu que l’absence du grand public était dû au fait qu’ils auraient « communiqué beaucoup sur le caractère payant des spectacles » alors que [d’après M. Konaté] « ce n’est vraiment pas cher ». Bref !

Appelons un chat un chat: entre le 10è MASA et le 11è FEMUA « Y A PAS PHOTO » !

Un mois après un « MASA raté », le groupe Magic système d’A’Salfo a relevé le défi d’un « FEMUA réussi ». Avec imagination et créativité, au fil dans ans, ce « festival citoyen » né dans le quartier populaire de Marcory-Anoumabo (Abidjan) a « mieux conquis le cœur » des Ivoiriens et même au-delà des frontières. En plus de la gratuité, cette année, les « magiciens » ont su coller l’événement à l’actualité du moment : l’immigration clandestine. À travers des ateliers de sensibilisation, A’Salfo et ses amis ont tenté de convaincre les jeunes ivoiriens et africains a abandonné la « route de la mort » en suivant leur modèle de réussite. C’était bien vu d’ailleurs.

Félicitations aux Magiciens…

Chapeau aux organisateurs du FEMUA – Festival des Musiques Urbaines d'Anoumabo. Entre vous et l'organisation du dernier MASA d'Abidjan, la différence est de taille ! #Masa10 #Femua11

Publiée par Les Vis-à-Vis de FBI sur lundi 23 avril 2018

Tout comme le MASA, le FEMUA accueille aussi des stars d’envergures mondiales qui viennent partager leurs expériences avec des artistes locaux. Le prestige dont bénéficie le FEMUA aujourd’hui n’est plus à démontrer par rapport au MASA, au point de capter l’attention du gouvernement ivoirien. Je n’ai pas été surpris de voir le premier ministre ivoirien (Amadou Gon Coulibaly) de s’associer en parrainant le FEMUA 11. Le ministre de la Culture et de la Francophonie (Maurice Bandaman) a même plaidé pour l’inscription de ce rendez-vous culturel dans le budget de l’État de Côte d’Ivoire. La première dame ivoirienne ne dira pas le contraire. Présente lors de l’ouverture de l’édition 2018, Dominique Ouattara a indiqué que « le Femua est un cadeau inestimable aux populations de Côte d’Ivoire ».

Appelons un chat un chat : Le FEMUA a damé le pion au MASA. Les organisateurs ont été au top du début à la fin. Les populations n’ont pas boudé leur plaisir à prendre part à un événement aussi « bien fait ». D’Abidjan à Korhogo, les lieux de spectacles ont drainé du beau monde. Si une image vaut mille mots, je dirai qu’entre le 10è MASA et le 11è FEMUA « Y A PAS PHOTO ». Parler de fusion entre le MASA et le FEMUA, c’est accorder du « respect » et encore du « crédit » au premier. Sinon, j’aurais milité pour son remplacement par le second, qui pourrait intégrer toutes les autres disciplines du MASA. Mais… le MASA n’a aucune raison de disparaître au profit du FEMUA, parce que c’est « le plus grand marché des arts en Afrique ». À défaut d’une restructuration profonde, il va falloir repenser le MASA : cela y va de sa survie.

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Fofana Baba Idriss
Journaliste depuis 2010 et Blogueur depuis 2012 sur la plateforme de Radio France International – Mondoblog – où j'anime notamment des chroniques politiques et parle aussi de culture et faits de société. Ayant également fait des études de Marketing et de Management, j'ai occupé dans différents pays les fonctions d’Assistant en communication politique et Responsable des communications.

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