Côte d’Ivoire : 7 jours de promesses valent 7 ans de pouvoir à Ouattara !

Il était destiné, selon certaines prophéties, à être Président d’un pays, la terre d’ivoire. Là où son nom rimait avec ‘’rébellion armée’’. Traité de tous les péchés d’Israël, « l’enfant président » ne pouvait que revenir signer un autre pacte en sept jours (du 2 au 8 juillet 2013) avec ses parents du nord, après plus de deux ans de règne.

Rien ne devrait surprendre quiconque ! Les Ivoiriens ou du moins les populations du nord de la Côte d’Ivoire s’attendaient à la visite non moins inopinée de leur digne fils devenu président de la République de Côte d’Ivoire. Depuis sa prise officielle de fonction le 21 mai 2011 – après la chute de Laurent Gbagbo comme un ‘’fruit pourri’’ (selon les propres termes de celui qui l’a cueilli)-, à l’occasion de son investiture à la Fondation Félix Houphouët-Boigny de la capitale politique et administrative de Yamoussoukro.

Après ses tournées à l’Ouest et à l’Est, c’est le 2 juillet 2013 que Alassane Dramane Ouattara (ADO) a foulé le sol de ses ancêtres, dans le District de Korhogo notamment Kong, pour revenir dire merci à ses parents de l’avoir soutenu comme un seul homme durant ses 17 ans d’opposition jusqu’à son accession à la magistrature suprême, le pouvoir d’Etat. L’attente fût longue. Mais, l’enfant ‘’prodige’’ du nord est revenu avec le fameux ‘’trophée de guerre’’ tant attendu. Que de souffrance et d’humiliation endurées !

ADO saluant ses parents à Korhogo, lors de sa visite d’État dans le nord de la Côte d'Ivoire.
ADO saluant ses parents à Korhogo, lors de sa visite d’État dans le nord de la Côte d’Ivoire.

C’est à juste titre que le Chef de l’Etat ivoirien, Alassane Ouattara a rendu un vibrant hommage au Président de l’Assemblée nationale, Guillaume Kigbafori Soro en saluant son « courage exceptionnel et sa fidélité » qui ont permis aux populations du Nord de recouvrer leur « dignité » par la sauvegarde de la « nationalité ivoirienne ». « Vous savez que Ferké est spécial, parce que Ferké connait un jeune qui a grandi ici, qui a fait le Petit séminaire à Katiola et qui a fait preuve d’un courage exceptionnel » a-t-il déclaré lors d’un meeting à Ferkessédougou, village natal de Guillaume Soro, ex-chef de la rébellion.

Mais quelle récompense pour son fief électoral? Quand on sait que le nord de la Côte d’Ivoire reste dépourvu d’infrastructures économiques (voirie, eau potable, électricité etc.). Et pourtant, de toutes les régions du pays, le District des Savanes est celui qui a le plus contribué à la victoire de ADO au second tour des élections présidentielles de 2010. Pour rendre la monnaie à ceux qui ont fait de lui, ce qu’il est aujourd’hui, le successeur de Laurent Gbagbo (incarcéré à la Haye) n’a pas badiné avec les promesses durant ses 7 jours de visite dans les 10 Chef-lieux de départements du District des Savanes.

Entrée triomphale du président Ouattara à Korhogo, son fief électoral. Photo: DR
Entrée triomphale du président Ouattara à Korhogo, son fief électoral. Photo: DR

De nombreux observateurs ont pu remarquer que le plus grand mal qu’a connu le nord depuis 70 ans a été l’exode de ses ressortissants vers des zones pluvieuses. Certaines localités affichent même moins de 10 habitants au Km2. Le nord est vide de ses populations par manque d’infrastructures et d’emplois. Rattrapage économique oblige, il est prévu 400 milliards FCFA de soutien agricole, 60.000 emplois directs en création et divers projets d’investissements. Partout où il est passé, ADO a arrosé les populations et les départements de promesses de milliards et de grands travaux.

Pourra-t-il tenir à ses promesses faramineuses ? Quand on sait que l’ex Directeur général adjoint du Fonds Monétaire International (FMI) avait annoncé des pluies de milliards de FCFA pendant la campagne électorale de 2010, s’il était élu président de la République : « J’ai conçu un programme pour que la Côte d’Ivoire retrouve sa dignité. Ce programme prévoit un investissement de 155 milliards FCFA pour Ferké en cinq ans », annonçait le président Ouattara en 2010 pendant la campagne présidentielle. « La Côte d’Ivoire fait pitié. J’ai parcouru le pays. Partout où je suis allé, la situation est la même. Des écoles sans toits, des enfants obligés de s’asseoir à même le sol. Pas d’eau potable, pas de médicaments dans les hôpitaux, pas de routes », dénonçait-il.

Des travaux de voirie pour donner un nouveau visage à Korhogo. Photo: DR
Des travaux de voirie pour donner un nouveau visage à Korhogo. Photo: DR

A Boundiali, Ouattara a même dit qu’il investirait la somme de 108 milliards FCFA pour, selon lui, conduire un programme d’urgence. Cette fois-ci, Alassane Ouattara a promis que, dès l’année prochaine, le bitumage des axes Boundiali-Tengrela, Boundiali-Madinani et Boundiali-Kani. En ce qui concerne l’adduction d’eau potable, l’ancien Premier ministre d’Houphouët-Boigny a indiqué avoir dénombré dans le département, 257 pompes villageoises qui ne fonctionnent pas. Il entend les réparer et construire 41 nouveaux forages. Au plan de l’Education, ADO envisage dans son programme de rénover 300 classes scolaires et construire 10 écoles.

C’est à croire que la majorité de ses promesses n’ont pas encore été réalisées après plus de deux ans de gouvernance. Mais, Alassane Ouattara réclame encore 7 ans pour tout parfaire. « Jusqu’en janvier 2013, j’avais décidé de ne faire qu’un seul mandat. Quand j’ai vu un peu la profondeur des dégâts, et le fait que nous avons pratiquement perdu une année, je me suis dis que je m’en voudrais de ne pas essayer de demander et de le faire le plutôt possible, un deuxième mandat pour avoir le temps nécessaire », a confié l’enfant président. « En fait, si on regarde bien à partir de maintenant, supposons que grâce à vous, je serai réélu, il me reste un septennat. Puisque deux ans, plus cinq ans, ça fait sept ans », a-t-il démontré.

Ouattara en conférence dans le District des Savanes. Photo: DR
Ouattara en conférence dans le District des Savanes. Photo: DR

Au dire de notre cher président, il souhaite « utiliser ce septennat pour régler les problèmes de fonds que nous connaissons tous« . Il s’agit notamment, des « problèmes du quotidien des ivoiriens et de hisser la Côte d’Ivoire au niveau auquel, elle doit être et faire en sorte que nous ayons une véritable stabilité sur une longue période ». « Je réalise qu’il nous faudra encore une année pleine pour remettre le pays au niveau où nous étions, il y a dix ou douze ans », a-t-il indiqué.

Le moins qu’on puisse dire, comme tout bon Africain, les Ivoiriens ne se nourrissent que d’espoir : « Découragement n’est pas Ivoirien », aime à dire les plus optimistes. Et, Ouattara n’a pas intérêt à berner ses parents du nord. Car, même s’il venait à ne pas réaliser ses propres engagements, ces derniers lui vouent déjà tout le mérite pour sa probable réélection en 2015. Vu l’immensité du travail abattu en deux ans de magistère, après la grave crise post-électorale que le pays a connu entre décembre 2010 et avril 2011.

Ce que Abidjan était devenu, après 6 mois de crise post-électorale en 2011. Photo: DR
Ce que Abidjan était devenu, après 6 mois de crise post-électorale en 2011. Photo: DR

Tout bien calculé, « C’est une candidature qui rassure et apaise au plan national et international. Korhogo vous promet une contribution forte et exceptionnelle pour votre réélection », a déclaré lors du meeting de clôture du président Ouattara, le lundi 8 juillet 2013 dans le District des Savanes, le maire de Korhogo, Amadou Gon Coulibaly, également Secrétaire général de la présidence. Y a rien à dire : « Une mère ne peut jamais rejeter son enfant quelque soit son acte », dit l’adage.

FBI

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Fofana Baba Idriss
Journaliste depuis 2010 et Blogueur depuis 2012 sur la plateforme de Radio France International – Mondoblog – où j'anime notamment des chroniques politiques et parle aussi de culture et faits de société. Ayant également fait des études de Marketing et de Management, j'ai occupé dans différents pays les fonctions d’Assistant en communication politique et Responsable des communications.

2 commentaires sur “Côte d’Ivoire : 7 jours de promesses valent 7 ans de pouvoir à Ouattara !

  1. Ce sera finalement 10 ans de pouvoir pour 7 jours promesses. N’oublie pas les jours de repos ou les années de repos. Ce qui est sur, c’est que ce qui est « en face » semble s’embrouiller. Ou  » ceux quiq sont en face »  » à gauche » qui dansent le Gbé bgé, le Poro, suivez mon regards. Dieu Garde la CI.

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